RIVES LUMINEUSES – LUMIÈRE ET MÉMOIRE (PARC ARCHÉOLOGIQUE POINTE-DU-BUISSON / MONTÉRÉGIE 2006)

À l’origine, des rives lumineuses entre l’archéologie, le cinéma et le territoire

Chant d'écorce, Suzan Vachon 2006 (danse indienne rap.)-1

Si les ancêtres des premières Nations utilisèrent le site de la Pointe-du-Buisson pour y dresser des campements et y faire cheminer leurs portages, il y a des milliers d’années, c’est parce que l’eau était alors la voie de navigation et de décisions. C’est de là que les hommes choisissaient leurs lieux propices au repos ou au peuplement. On peut imaginer alors que ces hommes savaient lire les indices dans le paysage ; que leurs yeux tout comme les nôtres remarquaient les milles éclats lumineux sur l’eau ainsi que ces pointes riveraines striant le cours tumultueux…
Conçu spécifiquement pour ce site unique de la Pointe-du-Buisson, le projet Rives lumineuses visait le développement d’une réflexion poétique sur la lumière et la mémoire en croisant des lectures sur ce territoire et son histoire par l’utilisation de regards filmiques contemporains et archéologiques. Des recherches en histoire du cinéma montraient que certains films des premiers temps (autour de 1898) avaient été tournés dans ce secteur en bordure du fleuve Saint-Laurent. La fascination pour le mouvement à l’écran était présente (Voir photogramme Steamer New-York). Tout comme l’attrait pour le lointain, l’exostisme. Par exemple, Gabriel Veyre, opérateur pour les frères Lumière avait tourné Danse indienne à Kahnawake, demandant une petite mise en scène, avec costumes, pour la circonstance.
 Suzan Vachon – artiste de la lumière et de la mémoire
À partir de ces informations tant sur l’espace archéologique que sur ces premières images cinématographiques, l’artiste Suzan Vachon a été invitée à réaliser une installation vidéo en lien avec ce thème et ce lieu de passage historique. Chant d’écorce évoque ainsi les multiples strates d’appropriation de la connaissance d’un lieu ; à travers le temps, à travers les images et à travers les mouvements. Tout est évocation dans cette œuvre. Rejouant les défilements et les rythmes des histoires au sein même de la nature qu’elle observe par sa caméra, Suzan Vachon par la réalisation de cette œuvre a cherché à transcender le regard sur les valorisations véhiculées par la mémoire. Œuvre archéologique en ce qu’elle se donne comme un palimpseste, Chant d’écorce est un appel à la poésie de l’espace, celui qui a été filmé dans l’autrefois, celui de l’aujourd’hui et au long cours de ce cheminement entre ces rives de l’eau à la terre…  de la mémoire à la lumière.
Anne Ardouin, commissaire

Chant d'écorce, Suzan Vachon (paysage-pirogue)-1